Ca y est, le premier tour est passé et la web campagne a franchi un cap. Pour la première fois cette année, les candidats auront presque tous eu leur blog, et parmi eux, une partie auront diffusé leurs podcasts. Pour certains, Royal, Sarkozy, Bayrou, ce sont des « chaînes » à proprement parler qui ont vu le jour. Les discours, les soutiens, les entretiens, les décryptages… pour voir le candidat sous toutes ses coutures. La dictature de l’image pendant une campagne électorale n’aura jamais été aussi forte. On le sait pour la télévision. Sur le net, chacun donne l’image qu’il souhaite et la liberté de ton est bien plus grande. Les candidats ont dénoncé, critiqué, parfois avec acharnement, comme cette chaîne de la NS TV (la chaîne du blog de Nicolas Sarkozy), « Décryptage » qui cherche et met en exergue les failles de Royal, la critiquant sournoisement. Des “people” ou anonymes ont pu exprimer leur soutien, leur amour, et les démonstrations ont été nombreuses, révélant l’esprit imaginatif des plus fougueux. L’analyse au quotidien de l’utilisation de la vidéos sur les blogs de chacun des candidats est, selon moi, de bonne augure pour les années à venir. Bien que ces vidéos soient bien sûr choisies et montées dans un but bien précis, celui de plaire avant tout, quitte à transformer parfois la réalité par des montages, des sujets choisis, et autres techniques marketing, elles sont un véritable moyen de stimuler l’intérêt électorale d’une génération qui pourrait penser que la politique ne les concerne pas.

En fouinant un peu sur le blog officiel du candidat UMP, je suis tombée sur une vidéo intéressante de Nicolas Sarkozy à Meaux. Il s’agit d’une rencontre entre un Sarkozy qui fait face à la banlieue… et des électeurs qui souhaitent se faire entendre.

Ce podcast parait à première vue un peu étrangement monté. François de la Brosse est la voix off. Il est un professionnel de la communication, ami de longue date de Nicolas Sarkozy , et le « présentateur » de plusieurs émissions de la NS TV. François de la Brosse parle pendant pratiquement la totalité de la durée de la vidéo. Voilà ce qu’il nous dit : « Après Perpignan et Villepinte la semaine dernière, Nicolas Sarkozy s’est de nouveau déplacé pour aller à la rencontre des jeunes de la banlieue (…) Ce déplacement est une grande revanche sur les détracteurs de monsieur Sarkozy qui l’accusent de ne pouvoir se rendre en banlieue et de s’être mis à dos certains habitants des quartiers sensibles par son utilisation de mots “kärcher” et “racaille”. Sur ce point bien précis, en réponse à une question posée, Nicolas Sarkozy s’est expliqué et a donné sa véritable version des faits. En avant, calme et droit, telle a été la posture de Nicolas, face à la banlieue. Encore une fois il a fait la preuve qu’il ne se dérobait pas. Respect ! »

Dernièrer image, une seconde d’applaudissement dans la salle.

Ce que l’on voit: pas l’auditoire, mais seulement Sarkozy qui parle, sur son estrade, et loin d’être calme.

Je sens qu’on me cache quelque chose. Alors que s’est-il réellement passé ? Je navigue sur la toile et rapidement je trouve la version non censurée. Un homme l’attaque sur ces propos, kärcher, racaille, etc…le dialogue est houleux, Sarkozy se sent insulté de façon injustifiée, qualifiant les reproches qu’on lui fait de caricaturaux. Ce n’est pas Sarkozy qui se fait applaudir, mais les intervenant venus dire au candidat UMP le profond contentieux qui règne avec la banlieue.

Ca ne rigole pas chez les militants ps. Les témoignages de soutien pour Ségolène Royal mis en ligne sur son blog sont bien sérieux. Beaucoup de people, hommes et femmes de lettre, de théâtre ou de cinéma, mais pas des plus drôles. Charles Berling, Philippe Torreton, Jeanne Moreau, Laure Adler… quant aux anonymes, ils parlent laïcité, famille, éducation ou démocratie. On sourit tout de même devant le « clip de la chansons des meeting », sûrement pas censé être à prendre au second degré cependant. Ségolène acclamée par la foule, effet dessin au crayon, mais surtout la chanson… une sorte d’ovni, sur fond de musique électronique, inspirée de la touche de synthé de Jean-Michel Jarre, accompagné du chant de voix masculines, qui n’est pas sans rappeler le style populaire des Musclés… Qui sait, après leur fameuse reprise « Nicolas et Ségolène », peut-être veulent-ils se renouveler dans la chanson engagée…

 

Pour soutenir Nicolas Sarkozy sur son blog, vous pouvez vous lâcher ! Faire du vélo, du zouk, du rap, du slam, de la guitare, ou essayer d’être drôle avec des t-shirt « I love Sarko ». Un petit hic toutefois, les deux derniers podcasts de soutien d’un anonyme très anonyme puis qu’il cache son visage par un contre jour qui n’est visiblement pas le fruit du hasard. Un petit malaise chez ce jeune sarkosiste ?

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Le sens de la vi…déo

mars 27, 2007

En observant chacun des blogs officiels de campagne des douze candidats définitifs à l’élection présidentielle, on constate que le traitement et l’utilisation de la vidéos sont très souvent à l’image du candidat…

Fréderic Nihous, candidat de Chasse, Pêche, Nature et Traditions avec ses quatre vidéos de passages télévisés, reste en marge de la modernité des nouvelles technologies…

Philippe De Villiers présente ses archives vidéos mais aucun message s’adressant aux internautes et assez peu d’originalité, il semble préférer la photographie, enfin doit-on vraiment s’en plaindre…

Pour Gérard Shirvardi, rupture avec l’Union Européenne et rupture avec la modernité par la même occasion…? Seulement quelques vidéos de ses conférences de presse.

Dominique Voynet, elle, s’adresse ponctuellement aux internautes via des podcasts, elle a le sourire c’est plutôt agréable, on a aussi des émissions depuis les coulisses, et bien sûr toutes les archives vidéos. Mais tout cela est un peu mélangé, on ne s’y retrouve pas trop.

Pas de blog de campagne pour José Bové, ni pour Marie-George Buffet…

Beaucoup de vidéos chez Besancenot, ses émissions, des portraits, des manifs, c’est frais, ça fait du bien.

Le site de Jean-Marie Le Pen est riche en vidéos. Tout est bien rangé, pas une vidéo qui traîne dans un coin. C’est classé, nommé et ordonné.

Pour Arlette Laguiller, aucune vidéo en page d’accueil, et encore une fois les seules vidéos sont celles de ses passages tv. Pas très distrayant…

Sarkozy, c’est le tout vidéo, le tout image, ça démarre de partout, vous ne voulez pas en voir, vous en voyez quand même : un peu agressif.

Ségolène Royal voudrait-elle plaire à tout le monde ? Elle propose trois pages différentes pour accéder à ses vidéos : une mosaïque, une page par rubrique dans les tons bleus, et une dans les tons rouges…

Un peu fouillis chez Bayrou, les vidéos prennent une bonne moitié de la page d’accueil, et le nuage de mots de sa WebTV sonne comme un comme un écho à son désir de ne pas être mis dans une case.

 

 

 

Olivier, un mec sympa

mars 18, 2007

Pour Olivier Besancenot, il n’est visiblement pas question de parler devant une caméra. Sur son site pour la campagne présidentielle, les vidéos mises en ligne sont un miroir de la réalité de son combat au quotidien. Un combat violent, fait de manifestations biensûr, mais aussi de provocations, d’affrontements, d’appels au boycott, de collage d’affiche… sur fond d’un hymne du mouvement ouvrier international, dans un style reggae – R’n'B. Un cadeau du rappeur Mr R pour la campagne de la LCR et d’Olivier Besancenot. Le visionnage des podcasts fait du candidat LCR un candidat vraiment à part.

Lorsqu’il va dans les banlieues « chaudes », le dialogue semble facile. Le tutoiement est de rigueur. Besancenot, mâchant son chewing gum, écoute les plaintes et les colères, et y répond par la révolution. Pas de reproche, ni d’attaque. Normal, Besancenot est un candidat pas comme les autres. Le langage, l’attitude, la doudoune… sympa le facteur.

Il est rarement entouré de la foule ou d’une horde de journalistes. Mais les militants eux sont là et sont montrés dans les podcasts comme le véritable ciment du parti.

 

Confessions intimes

mars 5, 2007

François Bayrou a souvent évoqué son intérêt pour les nouvelles technologies et notamment internet. Il se veut moderne, surfant sur la vague d’un nouveau type de campagne et d’hommes politiques en dialogue interactif avec les internautes. En effet, son blog contient un nombre impressionnant de vidéos. Les vidéos de chaque rubrique sont regroupées par classement dans sa… Web TV.

La différence avec les blogs des autres candidats se trouve dans la présence de nombreuses vidéos beaucoup plus personnelles, rangées dans une rubrique qui porte bien son nom : « Intime ». Non n’espérez pas tout de même un candidat UDF au réveil, en robe de chambre, se rasant pensif devant son miroir… En fait les 14 derniers podcasts « intimes » nous font découvrir une discussion dans un café, (ou plutôt, on s’en doute, d’un entretien prévu et organisé) pour aborder différents sujets, dans un temps imparti à chacun.

Il parle de ses livres préférés, de sa famille, de sa jeunesse, de son parti, de sa passion pour Henri IV, pour la lecture, les livres, le cinéma, moi, moi, moi, moi, moi………..

Avant cette série dans le café, il parlera aussi, dans d’autres vidéos, de son trac avant un meeting, de son émotion après une réunion UDF ou après les obsèques de Jean-Jacques Servan-Schreiber… on attend encore la petite larmichette…

Dans le même principe que la chaîne de télévision « spéciale blog », mais dans un style beaucoup plus rudimentaire, on trouve le « Journal de bord » de Jean-Marie Le Pen. Un numéro par semaine, depuis 54 semaines à ce jour, la confection de ce journal de bord a confirmé mon impression première selon laquelle Jean-Marie Le Pen n’était pas l’homme de la modernité et des NTIC.

Le style est totalement aléatoire. La plupart des numéros ont une nouvelle présentation, à base de musique, de photos ou de rien, juste un fond bleu, ou un quelque part en France (n’oublions pas qu’il s’agit d’un « journal de bord » donc les lieux sont ceux du moment, mais les numéros sur fonds bleus ne sont alors plus très cohérents…)

Il semblerait cependant que ce problème tende à être résolu, aux vues des trois derniers numéros qui ont une présentation récurrente. Une introduction d’une dizaine de secondes, avec tout d’abord une citation «…homme libre toujours tu chériras la mer… » en référence à Charles Baudelaire dans un poème des Fleurs du mal, (une petite touche culturelle est toujours la bienvenue), suivie d’un défilement de photos de leader du front national (sur la plage, dans les vignes, dans l’herbe, avec sa femme, avec des jeunes, avec des anciens combattants, avec ses lunettes, sans ses lunettes…), et une jolie musique qui l’accompagne.

Mais dans l’ensemble, le style est brouillon, le son est mauvais, le cadrage n’est pas avantageux. On veut faire moderne mais finalement c’est encore pire que si on ne faisait rien…c’est à peu près cette conclusion que je retire suite à l’observation attentive de ce journal de bord.

A ne pas manquer, le numéro 44… Jean-Marie Le Pen prend sa première cuite à deux ans et demi, c’est censé être rassurant ça ?

 

NS TV, la télévision de Nicolas Sarkozy. Nicolas va loin dans le culte de la personnalité, l’homme providentiel de l’UMP, et, pour ses partisans, de la France. Une télévision à son nom, 14 chaînes aux choix, mais toutes dans la même lignée, soutenir le candidat UMP.

Pas très fair-play : la chaîne « Décryptage ». Rédacteur en chef : Pierre Lellouche, député UMP et conseiller de paris. « Une chaîne qui va décrypter ce que dit Mme Royal, pour l’instant Mme Royal, c’est une image, d’ailleurs une belle image, mais le son est soit inexistant sur son programme, soit extrêmement brouillé sur beaucoup de sujets. Alors je me suis livré à un petit travail (…) ce que j’essaye de faire, c’est de percer la bulle… » annonce-t-il dans la première vidéo pour expliquer aux internautes le principe de sa chaîne.

Chaque vidéo commence par un extrait de discours de Ségolène Royal en image, sur fond de musique pesante, une musique « qui fait peur »… Puis ses propos sur la Turquie, la Chine ou encore le Canada, ses « bourdes », sont décryptées, ou du moins commentées par un député qui se transforme en un analyste sans pitié contre la candidate du PS. Parlant posément et de manière apparemment objective (des chiffres, pas d’attaques purement personnelles), il descend royalement les paroles de Ségolène.

On dénonce, on montre du doigt… dans cette campagne, tout devient possible.